Suicide de viticulteurs : le sang de la colère

Sujet tabou par excellence, nous avons décidé, aujourd’hui, de parler de ce triste fléau qui endeuille les campagnes françaises.

Il avait à peine 30 ans.
Les raisons profondes et véritables de ce geste violent, nous ne les comprendront sans doute jamais. Mais un semblant de certitude pour ceux qui le connaissaient : la vigne pourrait être au centre de tout ça…
Ce jeune viticulteur du Beaujolais a baissé les bras en 2013, tout comme le font 400 autres agriculteurs, en France, chaque année.

Qu’ils soient jeunes ou moins jeunes, les agriculteurs ont tous l’impression d’être des laissés-pour-compte. Le monde agricole est endeuillé tous les jours d’une mort par suicide, avec tout ce que cela comporte : de l’incompréhension pour les proches, de la culpabilité et un vide sans fin.

Une analyse de l’Institut de Veille Sanitaire datant de 2009 révèle ce chiffre alarmiste. A l’époque, tous les indicateurs étaient dans e rouge dans toutes les filières de l’agriculture : lait, vin, céréales, viandes, etc. La situation semblait s’être légèrement améliorée ses 3 dernières années, malgré une situation économique dramatique. Mais 2013 semble être une année de hausse du suicide chez des agriculteurs qui se sentent délaissés, bien souvent en marge de cette société mondialisée.

La MSA tente toutefois de prévenir des risques de suicide mais la mission est délicate : comment faire entendre raison à un public, par définition solitaire, qui pense peut-être à tort que personne ne saurait les écouter et les comprendre ?
Une ligne d’écoute et d’entraide a été mise en place au 01 45 39 40 00 (Association Suicide Ecoute), permettant à ceux qui s’en sentent le courage de parler de leurs problèmes et d’amorcer une guérison salutaire.

Les raisons du suicide chez les agriculteurs et viticulteurs

L’endettement et l’isolement semblent être les deux raisons principales de passages à l’acte.
Avec des investissements de plusieurs milliers d’euros parfois, il devient difficile d’atteindre le seuil de rentabilité. De nombreuses entreprises agricoles et viticoles tournent à perte et ne réussissent plus à rembourser emprunts ou payer TVA ou cotisations MSA parfois démesurées.
Finalement, le sentiment d’être découragé se fait de plus en plus présent jusqu’au passage à l’acte, fatidique. En effet, lorsqu’un agriculteur a pris la décision de mettre fin à ses jours, il va jusqu’au bout et reste déterminé.

Ceux qui ont pu en réchapper témoignent de ce sentiment d ‘abandon, de ce ressenti d’une société qui n’accepte plus le monde rural et ceux qui les nourrissent chaque jour.
Ils témoignent également de cette sensation d’être des parias, rejetés par la ville. De cette sensation qu’un fossé énorme les écarte du monde moderne, tel qu’il est, avec ses priorités venues d’un autre monde.
Pour les agriculteurs, tout doit aller à la ville. Les campagnes et ceux qui y travaillent sont abandonnés au profit des villes, où tous les services sont à disposition. Dans certains départements, il faut parfois faire plus de 40km pour trouver une simple banque ou une station service.
Dans des zones dites « désertes », il n’est pas rare que certains agriculteurs ne voient personne pendant des journées entières. Et s’ils croisent du monde, ce sont des gens dans la même situation qu’eux, en pleine détresse. Rien de très motivant pour se redonner un second souffle.
S’ils ne font pas l’effort de se rappeler au « monde », situé à quelques kilomètres d’eux, le monde ne fera que rarement l’effort de leur rendre visite. Ce ne sont pas les reportages du 13h de TF1 ou des émissions telles que « L’amour est dans le pré » qui donnent un instantané sur la réalité du quotidien des campagnes françaises.

La MSA tente de sensibiliser les agriculteurs et leur entourage à relever les signes de détresse.

Quelle que soit votre situation, contactez Suicide Ecoute au 01 45 39 40 00, 7 j/ 7, 24h/24.

 

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