Marketing Beaujolais 2015 : un millésime inhabituel à exploiter

Raisin Gamay Beaujolais été 2015

On est en Beaujolais, tout va toujours bien.
L’état réel des grappes dans le Beaujolais, en cet été 2015, est on ne peut plus normal… en tout cas, si l’on en croit les articles écrits à ce sujet après un communiqué de l’InterBeaujolais sur l’état sanitaire des vignes.

Les grappes sont-elles fermées ? Non. Les grappes sont-elles belles ? Encore moins !!!
C’est pourtant ce qui est clamé de partout.

Beaujolais 2015 : la communication du mensonge.

L’InterBeaujolais montre, une fois de plus, son incompétence en matière de communication et de marketing.

D’une part, les vignes ne sont pas en bon état et elles souffrent de la chaleur. Elles ont un besoin d’eau plus qu’évident. Elles se remettront de tout ça sans aucun problème au cours de l’hiver. Mais stop aux conneries.

Non : elles ne sont pas en pleine forme en ce moment-même ! Un article du Patriote Beaujolais du 9 juillet 2015, s’employait néanmoins à rétablir la vérité. Mais ne laissons plus l’InterBeaujolais raconter un tas d’âneries. On est encore dans une communication du mensonge !
Ne les laissons pas dire n’importe quoi au sujet de notre métier dont ils ne connaissent absolument rien ! Quand, en plein mois de juillet, les feuilles jaunissent et tombent, quand les raisins flétrissent, grillent et finissent par tomber également, on ne peut pas dire que tout va bien et que tous les indicateurs concernant la santé de la vigne sont au vert !
Ce serait un mensonge et nous, nous refusons de mentir. L’honnêteté ne paye peut-être plus beaucoup, mais elle a au moins le mérite de rétablir la vérité et de ne pas prendre les clients potentiels pour des cons.

Vous ne nous croyez pas et vous préférez croire ceux qui ne sortent jamais de leur bureau et n’ont jamais foutu les pieds dans des vignes pour y travailler vraiment ?
Très bien : voici quelques preuves. Ces 9 photos de raisins Gamay Beaujolais 2015 ont été prise sur un périmètre d’un peu plus d’1km². Les vignes n’appartiennent pas au même exploitant et ne sont pas orientées dans la même direction. Certaines sont palissées (tenues par des fils de fer), d’autres ne sont pas relevées ni palissées. Certaines ont tout juste 3 ans quand d’autres ont plus de 80 ans.

Raisin Gamay Beaujolais été 2015   Raisin Gamay Beaujolais été 2015 Raisin Gamay Beaujolais été 2015

Raisin Gamay Beaujolais été 2015 Raisin Gamay Beaujolais été 2015 Raisin Gamay Beaujolais été 2015 Raisin Gamay Beaujolais été 2015  Raisin Gamay Beaujolais été 2015 Raisin Gamay Beaujolais été 2015

Ne dramatisons pas : c’est une bonne nouvelle

Car oui : au lieu de raconter des conneries à qui veut bien les entendre, il est nécessaire d’attirer l’attention sur un point essentiel.
Nous vivons un été jamais vu de mémoire d’Hommes, avec une sécheresse inhabituelle (quasiment pas une goutte de pluie depuis le mois d’avril), des températures au-dessus de 35°C quasiment tous les jours depuis un mois, un épisode caniculaire d’une petite dizaine de jours, à 40°C si ce n’est plus, localement et à l’ombre.

A l’instant où sont écrites ces lignes, il fait encore 34°C à l’ombre (à 14h30 le samedi 11 juillet, à Lancié).

Bref, toutes ces conditions nous mettent sous le nez une évidence : les vins du Beaujolais 2015 vont être exceptionnels ! Nous nous apprêtons à produire des vins que nul n’aura jamais vinifié car les conditions climatiques n’ont jamais été telles qu’elles le sont.

Il n’y aura pas de quantité (c’est quasiment une évidence à ce stade), il n’y aura peut-être pas de qualité sur le long terme non plus – à ce stade nous n’en savons rien. Mais une évidence prend forme : les vins du Beaujolais 2015 seront exceptionnels.

Notre Morgon, cru du Beaujolais, est un vin de caractère.

C’est là-dessus qu’il faut appuyer la communication du Beaujolais 2015 mais sûrement pas sur ce qui est fait actuellement !

Non, tout n’est pas idéal. Non.
Oui, le vignoble souffre de la chaleur, les raisins ont de plus en plus de mal à résister au sec et aux températures qui commencent à devenir insoutenables pour nous aussi. Oui, c’est évident ! Et alors ? En quoi cet épisode doit être caché au public ? Nous devons nous servir de nos faiblesses, quelles qu’elles soient, pour en faire des forces.

Si le millésime 2015 a bien une force à exploiter, c’est l’aspect exceptionnel de cette météo chaude et sèche. Utilisons-la. au lieu de la dissimuler.

[Marketing vin] Aidez-nous à mieux comprendre vos attentes.

Qui sont les consommateurs de vin ? Agnès et Marcel Durand lancent une grande étude de marché sur la consommation du vin en France. Marketing vin.

Vous aimez le vin et vous souhaitez participer à une étude marketing autour du vin ?

Aujourd’hui, et jusqu’au 30 juin 2015, nous réalisons une étude de marché complète. Nous souhaitons mieux comprendre les besoins du consommateur de vin et ce qui pourrait déclencher, chez lui, un acte d’achat.

Dans le cadre de cette étude, nous vous invitons dans un premier temps à suivre notre page Facebook afin d’être tenu informé des dernières actualités en matière de marketing vin et pour avoir accès à des photos inédites sur le Beaujolais.

De la même manière, nous vous invitons à répondre par Facebook à cette enquête qui nous permettra de vous proposer des produits vinicoles plus adaptés.
Vous pouvez également nous répondre en envoyant un e-mail à l’adresse florent.durand@communication-beaujolais.com.

Aujourd'hui, on vous propose une sorte de jeu. Mais attention, ce n'est pas un jeu comme les autres : il va nous…

Posted by Vins Agnès et Marcel Durand on mardi 28 avril 2015

[Marketing] Mais qu’ont-ils fait de Miss Beaujolais Nouveau ?

Si vous aviez pensé que Cindy Forissier, élue Miss Beaujolais Nouveau 2013, serait partout présente pour représenter le millésime 2013, c’est que vous n’avez encore et toujours rien compris de la politique grand-guignolesque des dirigeants de l’Inter Beaujolais.

Élue en juin 2013 pour promouvoir le Beaujolais Nouveau et lui donner un côté plus glamour, nous aurions pu imaginer que les créatifs de l’instance dirigeante du vignoble aient misé sur le joli minois de la donzelle sur les visuels de promo du millésime.

Hé bien non. Plutôt que d’associer une Cindy Forrissier, un peu sexy sans être vulgaire, sur chacun des nouveaux visuels servant à la promotion du Beaujolais Nouveau, les dirigeants ont encore décidé de rester les deux pieds liés en 1986.
Leur affiche principale utilise une bouteille comme support pour le port d’une robe faite d’on-ne-sait-trop-quoi (une affiche très proche de celle du millésime 2012).
D’où notre interrogation : à quoi sert Miss Beaujolais Nouveau ? Qu’en ont-ils fait ? Pourquoi n’est-ce pas elle qui apparaît sous cette robe ? N’était-elle pas associer son visage au Beaujolais Nouveau, et plus globalement aux vins du Beaujolais ?

Pourtant, Jean Bourjade, délégué général de l’InterBeaujolais, déclarait « nous avons souhaité redonner un côté glamour au Beaujolais Nouveau, afin qu’il ne soit plus vu comme un vin franchouillard et has been par les jeunes« . Suite à de tels propos, on aurait donc pu s’attendre à une campagne de communication digne de ce nom. Mais non ! Ne l’oublions pas : nous sommes gérés par des incompétents du marketing et de la communication.

Quand nous avions appris l’existence de cette élection en avril dernier, nous étions sûrs que personne ne saurait faire bonne utilisation de cette miss. Déjà, nous étions contre cette élection qui semblait sortir tout droit de 1993 et tendait à rappeler les élections « Miss Pâté de Campagne aux Herbes » ou « Miss Omelette Géante aux Oignons » qui étaient en vogue à cette époque. Et finalement, nous avions raison !

Je me suis amusé, en 20 minutes, à faire une affiche pour la promotion du Beaujolais Nouveau en réutilisant l’image de Cindy Forissier (je m’excuse auprès d’elle et du photographe qui doit détenir les droits de la photo originale). En 20 minutes, j’ai sorti quelque chose de très simple  mais, à mon sens, plus percutant que la promotion officielle, qui attire l’oeil et qui n’a encore jamais été fait !

La version que j’ai faite n’est pas parfaite et c’est normal en 20 minutes. Une mise en scène adéquate aurait plus d’impact. J’ai pris la première photo d’elle que j’ai pu trouver sur internet…
Quand on pense au coût de l’élection de Cindy Forissier (des chiffres auxquels nous n’avons pas accès très facilement alors que ce sont nos cotisations qui payent la totalité de la communication du Beaujolais), pourquoi ne pas utiliser son image partout pour que les gens l’associent réellement à l’événement (puisqu’il faut faire avec et que nous sommes contre le maintien du Beaujolais Nouveau) ? Pourquoi ne pas tout faire pour décrocher une interview sur un plateau du 20 heures où la demoiselle élue parlerait du vignoble ? Pourquoi, pourquoi, pourquoi ?

Pour votre information, Miss Beaujolais Nouveau 2013 a donné le coup d’envoi de 2 événéments à Lyon-Confluence pour la sortie du Beaujolais Nouveau. Le village de Beaujeu n’est-il pas le centre de toutes les festivités (avec les Sarmentelles) et la mise en perce officielle à 0h00 ? Pourquoi n’était-elle pas présente ? Pourquoi n’a-t-elle pas percé le tonneau ? Pourquoi, pourquoi et toujours pourquoi ?

Cindy Forissier dans une pub non officielle pour le Beaujolais Nouveau 2013

 

Pub de l'INterBeaujolais sur le Beaujolais Nouveau 2013

 

 

La question est donc la suivante : l’InterBeaujolais doit-elle se munir de véritables créatifs, professionnels de la communication et du marketing ?
Pour nous, la réponse est bien évidemment oui. Mais qu’en est-il de votre avis ?

[Marketing] Comment sauver le Beaujolais ?

Comment sauver le Beaujolais ? E-vigneron

Voilà un sujet intéressant, qui pourrait demander plusieurs jours de travail si l’on voulait être le plus complet possible.

La délicate mission de sauver le Beaujolais : une mission impossibleEt puis, réflexion faite, en commençant cet article, on ne sait pas vraiment par où débuter. Le sujet est vaste, complexe, varié. Les possibilités sont infinies. Car oui, elles le sont. Mais ça, jamais, JAMAIS, un viticulteur dans le Beaujolais ne vous le dira. Car lui, ce qui le préoccupe, c’est qu’il n’a plus le même train de vie qu’avant, qu’il est déprimé, que c’est dur, que sa vigne est malade, qu’il ne peut plus payer ses factures pour son tracteur en panne pour la sixième fois en cinq mois, qu’il ne sait pas s’il pourra passer le prochain bilan comptable, qu’il va falloir engager des vendangeurs et les payer, que l’orage de la veille a endommagé deux hectares de vignes, qu’il a été obligé de vendre son vin à perte à un négociant qui ne lui a pas laissé le choix, que les gens n’achètent plus de vin de toute manière car c’est la crise, que tout ça…
Enfin si, quelques uns vont avoir quelques touches d’optimisme, mais ils sont rares. Mais ils sont là.
Mais globalement, le viticulteur du Beaujolais, lui, ne va pas voir le potentiel qu’il a entre les mains. Pourquoi ? Simplement car il n’a jamais appris autre chose qu’à travailler ses vignes ou son vin. Et puis en même temps, peut-on lui en vouloir à ce viticulteur déprimé ? Non. Car son métier c’est de cultiver de la vigne et d’élever des vins, pas de faire du marketing. Car tout ce qui tenait lieu du marketing, dans le Beaujolais, était tenu de main de « maître » (sic!) par cet organe dont nous faisions mention au sujet de l’élection de la grande sauveuse du vignoble, autrement nommée Mademoiselle Beaujolais Nouveau : l’InterBeaujolais (autrefois nommé l’UIVB).

Alors l’InterBeaujolais, vous l’aurez compris est, pour nous, une fumisterie. Mais pas le genre de petite fumisterie. On pourrait dire qu’il pourrait éventuellement -mais c’est pas sûr- s’agir d’une escroquerie mais on va peser nos mots parce qu’on sait jamais ce qui pourrait nous tomber dessus. Donc restons-en là : l’InterBeaujolais serait-il une fumisterie ? Et si oui, Pourquoi ?
L’InterBeaujolais c’est juste un groupuscule d’héritiers de pseudo-personnalités qui ont eu un certain pseudo-pouvoir, et une certaine notoriété, quand le vignoble a été réglementé et inventé dans les années 30/40. Et donc les héritiers, c’est bien connu, ils ne sont pas souvent capables de faire quoi que ce soit de bien constructif (à quelques exceptions près).
En plus, si on veut voir nos vins agréés (donc si on veut qu’ils soient vendus sous l’AOC correspondant à leur gamme), il faut qu’on leur verse des cotisations volontaires-obligatoires qui serviront au budget-communication. Mais bon, en même temps, la mission principale de l’Inter étant quand même de travailler à la communication du vignoble, on voit mal où, ailleurs que dans le budget « communication », de telles sommes pourraient aller…

Sans transition, et comme je viens de trouver comment donner tout un sens à cet article, je vais commencer par un rapide panorama du Beaujolais.

Beaujolais : le temps du visionnaire

Remontons après-guerre.
Un génie et visionnaire commence, seul, dans son coin, à travailler à l’image du Beaujolais. Il a de grandes ambitions, veut que le vignoble Beaujolais devienne mondialement connu. Il s’agit de Georges Duboeuf, un petit négociant à l’époque. En moins de 30 ans, il  réussit à faire du Beaujolais LE vin de fête par le biais du Beaujolais Nouveau. Son coup marketing est parfait. Un travail de longue haleine auquel l’homme a consacré sa vie.

Gerorges Duboeuf, le visionnaire du Beaujolais NouveauSa mission est réussie. On ne pouvait faire mieux. Vraiment. Durant des décennies, Georges Dubœuf a pensé chaque détail du premier vin de l’année, s’entourant des célébrités de l’époque ou de quelques frasques qui relèvent maintenant de l’anecdote.
Au mois de novembre, tout le monde en Beaujolais vit au rythme de la sortie du Beaujolais Nouveau. Que ce soit les viticulteurs mais également les commerçants, les entreprises qui livraient les bouteilles, les filtreurs, les chaînes de mise en bouteilles, etc. Toute une économie locale qui se pliait à l’heure du Beaujolais Nouveau.
Sentant bien que l’effet de mode du Beaujolais Nouveau ne perdurerait pas des années, du fait de l’évolution de la société, l’homme décide de passer à la seconde étape et de mettre de côté, sans toutefois l’abandonner, SON Beaujolais Nouveau.
Nous sommes alors en 1993 et le Hameau du vin ouvre ses portes. L’objectif est clair : il faut désormais travailler sur l’œnotourisme pour amener du monde dans le vignoble. Banco, une fois de plus. Le parc œnotouristique est un succès. Un succès vraiment mérité, qui plus est, avec un parc de caractère, aussi captivant pour les petits que les grands.

Alors que tout le monde avait suivi Georges Dubœuf dans son entreprise de glorification du Beaujolais Nouveau, personne, ou très peu, ne s’est intéressé à ce qui était l’étape la plus importante pour faire du Beaujolais un vignoble d’exception : attirer des touristes sur ces terres pour leur faire prendre conscience que le Beaujolais est un vignoble, riche de complexités, de vins, d’hommes et de femmes de caractère, de paysages sublimes, d’histoires, de légendes et de savoir-faire uniques. Personne ne s’y est véritablement intéressé. Ou alors pour critiquer, pour dire qu’il voyait trop grand, que ça ne servirait à rien ; qu’ici, on faisait du vin et non du tourisme.
J’ai quelques souvenirs du moment où le Hameau du vin a été ouvert au public et je me souviens clairement, du haut de mes 10 ans, avoir entendu de telles choses sortir de la bouche de viticulteurs ou d’anciens viticulteurs. Pas tous, certes. Certains trouvaient l’intention louable sans vraiment en comprendre l’intérêt réel. D’autres étaient envieux.
Le fait qu’il y ait un magasin à la sortie du musée, passage obligé pour le touriste, n’allait pas servir les velléités des petits producteurs. Oui, certes. C’est vrai. Mais n’oublions pas le métier premier de M. Dubœuf : vendre du vin, estampillé Georges Dubœuf, qu’il achetait à des petits producteurs. Sa notoriété, et celle de ses vins, devait bien continuer à dominer le marché du Beaujolais. Il ne faut pas se voiler la face non plus. Dans une logique de développement d’entreprise, où la rentabilité est le cap à garder, il fallait bien que les vins Georges Dubœuf soient les premiers à être présentés aux touristes ayant poussé la porte de SON musée ! Si cela n’avait pas été fait, cela aurait été une grave erreur de marketing, d’ailleurs. Mais ça, les « Gens du Cru » ne le comprenaient pas.

Donc là encore, un succès pour Georges Dubœuf, quoique légèrement plus mitigé, qui semblait pousser le vignoble Beaujolais vers une nouvelle dimension : celle des vignobles d’exception, à l’image de l’Alsace, de la Bourgogne, du Bordelais ou de la Champagne. A la fin du XIXème siècle, les coups marketing de la Maison Mercier (Champagne) n’ont-ils pas propulsé le vignoble champenois au niveau qu’il est aujourd’hui ?

Le Beaujolais Nouveau : un choix marketing risqué sur le long terme

Lorsque M. Dubœuf a développé le concept du Beaujolais Nouveau pour le pousser jusqu’au bout et l’user jusqu’à la corde, l’InterBeaujolais l’a suivi, lui offrant les moyens de communiquer autour de SON produit. Le négociant y mettait sûrement également beaucoup de sa poche pour arriver à ce résultat. Mais tout le monde était gagnant à ce petit jeu du Beaujolais Nouveau. Et comme tout le monde était gagnant, tout le monde était content. L’équation est simple : un gagnant=un content.
Tous les vignerons, voyant que l’Inter suivait, ont également, tels des moutons bien dressés, suivi le mouvement. Ils participaient à cet événement planétaire à leur échelle (car il faut bien le rappeler, jusqu’au début des années 90, la sortie du Beaujolais Nouveau était un véritable événement planétaire). Tout le monde partait le 3ème jeudi de novembre à minuit pile pour arriver le plus tôt possible à Paris pour que la totalité des bistrots soient livrés avant midi.
Une véritable course avait lieu entre Romanèche-Thorins (siège de l’entreprise de Georges Dubœuf) ou les petites exploitations du vignoble, et Londres. Il y a 25 ans, le premier qui traversait la Manche en bateau, en avion, à la nage (car le tunnel n’existait pas encore), remportait la course. C’était un titre honorifique, mais qu’importe : il donnait de la saveur au mythe du Beaujolais Nouveau. Il donnait de la saveur au Beaujolais Nouveau. Celui qui le goûtait en premier le trouvait forcément bon. Forcément, même s’il ne l’était pas tant que ça. Et pourquoi ? Car le marketing avait fait le reste. Car le marketing avait travaillé à son image et à sa légende.
Sur les parkings des autoroutes, lorsque les viticulteurs faisaient une simple pause, il leur arrivait de vendre plusieurs bouteilles à des personnes arrêtées au même endroit.
Bref, dès la fin des vendanges, dans le Beaujolais, tout le monde se préparait au marathon du Beaujolais Nouveau.

Maintenant, plus rien n’est respecté. Vous pouvez même en trouver disponible à la vente une semaine avant la date de commercialisation officielle qui est, rappelons-le, le 3ème jeudi de novembre à 0h00.
Comment voulez-vous, en se basant sur ce simple dernier fait, que le Beaujolais Nouveau puisse sortir le vignoble Beaujolais de la crise qu’il traverse ?

Marketing vin : comment sauver le vignoble Beaujolais ?Et pourtant, les gens de l’Inter continuent à « travailler » autour. Continuent, sans cesse, sans relâche, en se disant on-ne-sait-trop-quoi, mais ils foncent tête baissée vers un mur en plomb qui se rapproche de plus en plus et de plus en plus vite ! Pour le Beaujolais Nouveau 2012, ce sont près de 2 millions d’euros qui ont été investis dans une campagne de communication de 6 jours. A près de 300.000  € la journée, ça fait cher le coup de pub pour un produit qui plonge l’intégralité du vignoble dans un abyme sans fond.

Comme en Beaujolais les gens sont restés de petits moutons bien dressés, exactement les mêmes qu’au temps du succès de ce vin, qu’en plus, certains de ces moutons sont maintenant accompagnés de leurs héritiers, hé bien le collège de viticulteurs du Beaujolais continue à donner l’aval à de telles dépenses de communication pour un vin qui ne se vend plus et dont l’image médiocre rejaillit sur l’ensemble des autres vins du vignoble, de qualité nettement supérieure.

Beaujolais : comment sauver le vignoble ?

Le problème est là : on cherche à se rattraper à des fragments de cordes qui sont tous sur le point de céder et on laisse faire ceux qui se croient suffisamment intelligents et professionnels pour gérer une telle crise.

Concrètement, les problèmes sont :

  • un collège de viticulteurs qui dirigent l’InterBeaujolais, héritiers d’anciens dirigeants de l’InterBeaujolais ;
  • le problème de subventions dont dépend l’InterBeaujolais, ne laissant aucune marge de manœuvre aux vignerons qui ne désirent pas participer à la communication globale ;
  • des vignerons qui se voilent la face en se disant que l’InterBeaujolais va leur sauver la mise, mais qui n’y croient absolument pas dans le fond ;
  • un désir complètement rétrograde de surfer sur cette mini-vague de mode du Beaujolais Nouveau ;
  • un manque de recul par rapport à ce qui doit être fait, et un manque de créativité (toujours du collège de viticulteurs qui dirige l’Inter) ;
  • une ténacité à s’accrocher à un produit à l’image merdique et médiocre (il ne faut pas avoir peur d’employer les mots justes),  éclaboussant au passage la totalité des vins produits sur le vignoble. Cette ténacité est toujours du fait du collège de viticulteurs dirigeants l’Inter ;
  • un refus de travailler sur l’image de marque de chacun des différents vins du Beaujolais ;
  • des vignerons qui ne croient plus en leur avenir, incapables de prendre des décisions communes, pour leur bien-être commun et la pérennité de leur vignoble ;
  • des négociants qui font la pluie (rarement le beau temps) sur le vignoble, forçant les vignerons à vendre leurs vins à perte, et poussant le Beaujolais dans une crise encore plus profonde ;
  • un manque cruel d’une personnalité charismatique capable de porter un projet solide et construit, tel que Georges Dubœuf l’a été jusqu’à récemment ;
  • le refus du vignoble de basculer tête la première, dans une démarche solidaire, dans le XXIème siècle (donner les moyens aux viticulteurs de basculer dans le numérique et leur en expliquer tous les enjeux) et dans l’œnotourisme ;
  • un manque d’identité du vignoble (aucune fête ou manifestation, hormis la Fête des Crus qui, il faut bien le dire, bat de l’aile).

Logo de l'inter-BeaujolaisLorsque chacun de ces points aura été clarifié, on pourra considérer que le Beaujolais sera sur la bonne voie pour être sauvé. On pourra même considérer que nous aurons sauvé le Beaujolais.

Pour l’instant, rien n’est fait, rien n’est même possible. C’est bien là tout le problème.

Pour avancer, il faudrait que chacun des viticulteurs décident de ne plus soutenir l’InterBeaujolais. Mais s’ils partent dans cette direction, ils n’auront plus le droit de vendre leurs vins sous l’appellation à laquelle ils peuvent prétendre, etc. Les viticulteurs font vivre l’InterBeaujolais qui tuent petit à petit les viticulteurs en leur réclamant toujours plus d’argent pour vivre, etc.
Le problème majeur est donc cet organe de communication officiel, de propagande d’un autre siècle, qu’est l’InterBeaujolais.

Pour sauver le Beaujolais, la seule solution envisageable semble être de ne plus suivre Le Beaujolais, en tant qu’institution. Pour sauver le Beaujolais, il faut tout détruire, faire table-rase du passé pour repartir sur des bases saines et solides.