Vendanges 2013 en Beaujolais : le temps des souvenirs

La période des vendanges fait appel aux souvenirs.

Aux nombreuses rencontres, toutes plus enrichissantes les unes que les autres, que l’on a pu faire.

Que ce soit un soir, au bar du village à discuter avec une troupe concurrente (car oui, étonnamment, une sorte de compétition naît entre chaque troupe d’un même village. Allez savoir pourquoi?) ou avec un groupe que vous n’aviez encore pas croisé et ne recroiserez jamais.
Que ce soit en discutant et en vous liant d’amitié avec votre voisin de galère, dans le rang à côté de vous. Car oui, les vendanges sont une vraie galère pour les vendangeurs. Dans ces moments difficiles pour le corps et parfois le moral (surtout quand la pluie vient se mêler à tout ça ou qu’on commence un rang qui fait plus de 100 mètres de longueur, croyez-moi), de véritables amitiés naissent. Des amitiés parfois éphémères mais néanmoins réelles, rythmées par les coups de serpette, le bruit des grappes déposées dans le seau ou celui du jarlot (du porteur) qui déambule dans toute la vigne, des tracteurs qui passent à toute allure ou des fous rires provenant de quelques rangs plus loin.
Vendanges dans le Beaujolais : une troupe de vendangeurs pendant le casse-croûte du matin ! Que ce soit à l’heure du casse-croûte où vous craquez et prenez la cigarette que l’on vous tend, que vous la savourez avec plaisir alors que vous aviez juré de ne plus jamais en toucher une 6 mois plus tôt.
Que ce soit, une fois encore,à l’heure du casse-croûte, où le verre de rouge, le lard et le fromage de chèvre à 9h30 du matin vous paraissent tout ce qu’il y a de plus évident.
Que ce soit des souvenirs olfactifs. Car les vendanges ont une odeur caractéristique. Une odeur qui embaume toutes les maisons de vigneron à 100 mètres à la ronde. Une odeur de raisins et d’alcool indéfinissable pour ceux qui ne l’auraient jamais senti.
Que ce soit, aussi, le matin à 7h30, à peine réveillés, entassés dans un camion, un fourgon ou une voiture, tels du bétail se rendant à l’abattoir (l’image est très parlante mais tellement vraie). Que ce soit, le soir après 8h de travail acharné, où tout le monde rit et chante à tue-tête pour évacuer la fatigue caractéristique.
Que ce soit le soir, dans le dortoir, à parler des heures durant sans réveiller ses voisins de chambrée qui, de toute manière, tellement fatigués de la semaine écoulée, ne seraient pas réveillés par grand chose.
Que ce soit à devoir remonter le moral d’un ou une jeune de 18 ans en pleurs qui ne pensaient pas que les vendanges seraient aussi dures. Mais qui veut rester plus que tout pour se prouver qu’il peut le faire.
(Ca, c’est un souvenir personnel) Que ce soit de la première personne que l’on menace de renvoyer (puis après, ça devient une habitude). Car elle manque de respect, ne travaille pas, est toujours dernière dans les vignes et réclame aux plus rapides de venir l’aider dès qu’ils auront fini leur rang. Que ce soit son regard lorsqu’elle apprend, en pleine journée, que c’est fini et qu’elle repart ce soir. Ou dans l’heure qui vient.

Des souvenirs olfactifs et auditifs.

Car les vendanges dans le Beaujolais, comme sûrement partout ailleurs, c’est un ensemble d’éléments bien particuliers qui, réunis, donnent cette ambiance entre-deux-mondes :

  • le bruit des raisins qui tombent dans le seau ;
  • l’odeur et la sensation désagréable de la brume accrochée aux feuilles de vigne le matin, qui nous mouille pour toute la matinée ;
  • le bruit lointain des conversations auxquelles on aurait bien aimé participer. Mais manque de bol on est trop loin de 2 rangs pour pouvoir se mettre dedans ;
  • certains éclats de rires qui durent, durent , durent ;
  • des chansons populaires et jugées ringardes mais connues de tous, reprises par toute la troupe afin de se donner du courage ;
  • le cri de douleur quand un collègue de galère se coupe pour la 67ème fois avec sa serpette (alors que vous, vous ne vous êtes même pas coupé une petite fois. Vous ne comprenez pas comment les autres font pour être autant meurtris) ;
  • le bruit des tracteurs qui semblent ne plus finir de faire des va-et-vient entre leur cuvage et les vignes ;
  • le bruit des pompes qui tournent sans cesse dans le cuvage. On ne comprend jamais où les tuyaux vont, ni ce à quoi ils servent, mais ils sont bien là. Le bruit aussi, incessant, assourdissant ;
  • le bruit du tapis roulant qui, souvent dans les exploitations viticoles, conduit le raisin jusqu’aux cuves ;
  • l’odeur caractéristique d’une maison de vigneron, qui rayonne et embaume 100 mètres alentours. Des effluves de raisin, d’alcool. E tout un tas d’odeurs caractéristiques mais indéfinissables.
  • l’odeur d’une cuve en fermentation juste avant la pressurée. Une odeur entêtante qui suffit à rendre un homme saoul, en un rien de temps.

Le bruit caractéristique d’un pressoir horizontal dans le Beaujolais.

Le bruit caractéristique d’une pompe, juste avant la pressurée, dans le cuvage de Marcel Durand à Lancié, vigneron.

Bref, dans le Beaujolais, les vendanges sont tout un ensemble de choses bien particulières qui, une fois réunies, prennent un sens tout particulier. Un sens que seuls ceux qui ont déjà participé à cette activité peuvent connaître !

Et vous, avez-vous déjà fait les vendanges ? N’hésitez pas à nous raconter vos histoires, nous en serons friands.

Raisins pressés dans le Beaujolais après les vendanges Morgon 2013 Vendanges dans le Beaujolais 2013 Lancié et Morgon: ombre d'une vendangeuse et d'un porteur Vendanges dans le Beaujolais 2013 Moulin à Vent: un vendangeur au travail Vendanges dans le Beaujolais Morgon 2013 : une vendangeuse coupe un raisin Vendanges dans le Beaujolais morgon : le cuvage, ses pompes, ses tuyaux Vendanges dans le Beaujolais morgon : le tapis roulant qui monte les grappes de raisins dans la cuve
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